Mon chien aboie ou détruit dès que je pars : solitude, ennui ou anxiété de séparation ?

Votre chien aboie, détruit ou s’agite quand vous partez ? Apprenez à distinguer ennui, difficulté à rester seul et détresse liée à la séparation.

Mon chien aboie ou détruit dès que je pars : solitude, ennui ou anxiété de séparation ?

Fermer la porte et entendre son chien aboyer derrière soi peut vite devenir angoissant. Et lorsqu’on retrouve un coussin éventré, une porte griffée ou un objet détruit au retour, la même question revient souvent : est-ce qu’il s’ennuie, est-ce qu’il supporte mal la solitude ou souffre-t-il réellement de mon absence ?

La réponse n’est pas toujours évidente.

Un chien qui détruit en votre absence ne souffre pas automatiquement d’anxiété de séparation. À l’inverse, un chien qui ne détruit rien peut tout de même être en difficulté lorsqu’il reste seul.

Avant de chercher une solution, le plus utile est donc de comprendre ce qui se passe réellement pendant votre absence.

Détruire quand il est seul ne veut pas forcément dire qu’il est anxieux

Une chaussure mâchouillée ou une poubelle renversée ne suffit pas à conclure à un trouble lié à la séparation.

Un jeune chien peut explorer son environnement avec sa gueule. Un chien qui manque d’activités peut chercher lui-même une occupation. Un bruit dans le couloir peut provoquer des aboiements. Un autre peut mal supporter d’être enfermé dans une pièce sans être particulièrement inquiet du départ de son humain.

C’est pour cette raison que les spécialistes du comportement ne s’intéressent pas seulement à ce que le chien a fait, mais aussi à quand, comment et dans quel contexte le comportement apparaît.

Le Merck Veterinary Manual rappelle notamment que les destructions peuvent avoir différentes causes et que, lorsqu’elles apparaissent exclusivement en l’absence du propriétaire, les difficultés liées à la séparation font partie des hypothèses à examiner.

Le meilleur indice est souvent ce qui se passe dans les premières minutes

Vous n’avez pas besoin de deviner.

Une petite caméra, un ancien téléphone ou un système de surveillance domestique peut déjà fournir beaucoup d’informations.

Filmez notamment les 20 à 30 premières minutes après votre départ.

Chez les chiens présentant une détresse liée à la séparation, les manifestations commencent souvent très rapidement après le départ, parfois même avant : lorsque la personne prend ses clés, met son manteau ou commence sa routine habituelle.

Le Merck Veterinary Manual indique que les signes apparaissent fréquemment dans les 15 à 30 premières minutes suivant le départ. La vidéo est d’ailleurs considérée comme particulièrement utile pour observer ce qui se passe réellement lorsque le chien est seul.

La RSPCA recommande également de filmer ponctuellement son chien, car certains signes de détresse passent totalement inaperçus lorsque le propriétaire n’est pas présent.

Quels comportements peuvent faire penser à une difficulté liée à la séparation ?

Il faut davantage regarder l’ensemble du comportement qu’un signe isolé.

  • des aboiements, hurlements ou gémissements persistants ;
  • des allers-retours répétés ou une incapacité à se poser ;
  • des destructions concentrées autour d’une porte, d’une fenêtre ou d’une sortie ;
  • une salivation importante, un halètement ou des tremblements ;
  • des besoins faits dans le logement alors que le chien est habituellement propre ;
  • un chien qui refuse une friandise ou un jouet alimentaire qu’il apprécie normalement ;
  • une agitation qui commence dès les préparatifs du départ ;
  • dans certains cas, des tentatives de fuite ou des blessures provoquées en essayant de sortir.

Ces signes sont décrits parmi les manifestations possibles des comportements liés à la séparation par les références vétérinaires et les organismes de protection animale.

Mais encore une fois : aucun de ces comportements pris seul ne permet de poser un diagnostic.

Et si mon chien s’ennuyait simplement ?

C’est possible.

Un chien a besoin de dormir beaucoup, mais également de marcher, explorer, renifler, interagir et utiliser ses capacités de recherche et d’apprentissage.

Un chien très actif lorsqu’on est présent peut aussi chercher des occupations lorsque la maison devient soudainement vide.

La différence peut parfois apparaître à la vidéo.

Un chien qui explore tranquillement, récupère quelque chose à mâchouiller puis finit par dormir ne présente pas le même tableau qu’un chien qui fait les cent pas devant la porte pendant vingt minutes en vocalisant.

L’objectif n’est donc pas de se demander : « A-t-il détruit quelque chose ? », mais plutôt : « Dans quel état semble-t-il être lorsqu’il est seul ? »

Lui laisser davantage de jouets suffit-il ?

Dans certains cas d’ennui ou de manque d’occupation, proposer des activités adaptées peut effectivement aider.

Un objet à mâcher approprié, une recherche alimentaire ou un jouet distributeur peut rendre un moment de solitude plus intéressant.

Mais il existe un indice particulièrement intéressant : le chien anxieux peut être incapable de manger lorsqu’il reste seul.

Si votre chien adore habituellement son jouet alimentaire mais n’y touche absolument pas pendant votre absence, ce comportement mérite d’être observé avec attention. La perte d’intérêt pour la nourriture lorsque le chien est seul fait partie des signes pouvant accompagner une détresse liée à la séparation.

Faut-il le laisser pleurer pour qu’il s’habitue ?

C’est une stratégie que je déconseille particulièrement lorsqu’un chien montre déjà des signes importants de détresse.

Une exposition trop difficile ne lui apprend pas forcément que « tout va bien ». Elle peut au contraire lui faire vivre une nouvelle expérience pénible de solitude.

Les protocoles comportementaux décrits dans les références vétérinaires reposent plutôt sur une progression graduelle, avec des absences suffisamment courtes pour que le chien puisse rester calme, puis une augmentation progressive de la difficulté.

Pour certains chiens, travailler la solitude signifie d’abord sortir trente secondes. Pour d’autres, il faudra même commencer par fermer une porte intérieure quelques instants.

Il n’existe pas une durée universelle valable pour tous les chiens.

Le punir en rentrant risque surtout de brouiller le message

Découvrir des dégâts après une journée de travail peut être éprouvant.

Mais votre chien ne peut pas reconstruire la situation comme nous le faisons : « J’ai détruit ce coussin il y a trois heures, donc mon humain est maintenant en colère à cause de cet acte précis. »

Une réaction punitive au retour risque surtout d’ajouter une nouvelle source d’inquiétude à une situation déjà difficile.

Si le comportement est lié à une émotion de peur ou d’anxiété, le travail consiste plutôt à modifier progressivement la façon dont le chien vit la situation, pas à sanctionner la conséquence visible.

Que pouvez-vous faire dès maintenant ?

Commencez simplement.

Filmez quelques absences et notez ce que vous observez : combien de temps votre chien met-il avant de s’allonger ? Mange-t-il ? Vocalise-t-il immédiatement ? Réagit-il surtout à des bruits extérieurs ? Les destructions concernent-elles la porte ou des objets accessibles un peu partout ?

Assurez-vous également que ses besoins quotidiens sont correctement couverts, sans chercher pour autant à épuiser votre chien avant chaque départ.

Puis, si votre chien reste encore capable d’être calme lorsque vous vous absentez brièvement, vous pouvez travailler sur de petites absences faciles, avant d’augmenter progressivement leur durée.

L’idée n’est pas de tester « combien de temps va-t-il tenir aujourd’hui ? », mais plutôt « à quelle durée est-il encore confortable ? ».

Quand consulter un vétérinaire ?

Un changement soudain mérite toujours davantage d’attention.

Un chien qui restait auparavant seul sans difficulté et qui commence brutalement à vocaliser, éliminer dans la maison, détruire ou sembler très agité devrait être examiné.

Une douleur, un trouble médical ou, chez certains chiens âgés, une modification cognitive peut influencer le comportement.

Les références vétérinaires recommandent donc d’écarter les causes médicales et les autres explications possibles avant de conclure à un trouble de séparation.

Et si votre chien se blesse lorsqu’il tente de sortir, la situation mérite une prise en charge rapide.

Quand demander l’aide d’un comportementaliste ?

Il n’est pas nécessaire d’attendre plusieurs mois de dégâts avant de demander de l’aide.

Un accompagnement peut être particulièrement utile lorsque votre chien panique très rapidement, ne mange plus lorsqu’il reste seul, vocalise longuement, tente de forcer les portes ou fenêtres, se blesse ou lorsque vos essais ne permettent pas d’amélioration.

Un professionnel pourra notamment vous aider à analyser les vidéos, rechercher les déclencheurs et construire une progression adaptée au chien et à votre organisation quotidienne.

Si vous habitez dans le Calvados, Côté Chiens tient un annuaire des comportementalistes et éducateurs canins intervenant à Caen et dans son agglomération.

Votre chien ne fait pas « exprès de vous punir »

C’est peut-être le point le plus important à retenir.

Lorsque vous retrouvez votre logement abîmé, il est facile d’interpréter le comportement avec nos propres émotions : vengeance, caprice, mauvaise habitude ou manque d’obéissance.

Mais ces mots nous renseignent rarement sur ce que le chien était réellement en train de vivre.

Commencez par observer : que fait-il lorsque vous partez ? À quel moment ? Pendant combien de temps ? Est-il capable de se calmer ?

Ces quelques informations sont souvent beaucoup plus utiles que l’état du coussin retrouvé au retour.

Sources

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